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Obama : vers une créolisation de l’Amérique ?

En cessant d’être une juxtaposition de catégories culturelles ou « raciales », les Etats-Unis entreraient dans une phase de mixité et de confusion identitaire. Post-racial, Obama annoncerait une Amérique qui, en 2050, comptera 21% de métis. Post-colonial, il est fils de cette diaspora africaine qui diversifie l’identité noire américaine. Post-national, avec une sœur indonésienne et une soeur kenyane, il est de cette génération dont l’horizon dépasse des frontières nationales. Mais d’autres indicateurs témoignent des limites de cette créolisation. En Caroline du Nord, deux tiers des jeunes Noirs sont scolarisés dans des lycées qui comptent moins de 10% de Blancs. Et si les Noirs votent pour Obama, c’est bien parce qu’ils n’entendent pas passer à côté de l’occasion d’avoir un premier président « noir ». Quant aux Blancs, leur adhésion pour ce candidat « noir » serait liée au fait qu’il les déculpabilise, en refusant d’évoquer le passé ségrégationniste. Obama n’est donc pas un métis, au sens où il ne serait ni noir ni blanc. Il est bien les deux à la fois, ce qui lui permet de dialoguer avec toutes les franges de la population américaine. Son ascension n’annonce donc pas la fin des identités, mais la capacité à assumer des identités multiples.

François Durpaire
Edito ensitoilé le 8 mai 2008