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Amérique du Nord
Le Ku Klux Klan : une histoire de l’Empire invisibleSpécialiste des Etats-Unis, Farid Ameur vient de faire paraître le Ku Klux Klan (chez Larousse) un ouvrage complet et fondé sur les études américaines les plus récentes sur le mouvement raciste américain. Dans cet entretien, il livre à Pluricitoyen.com sa vision des origines du KKK. Pluricitoyen : Quelles sont les origines du Ku Klux Klan ? Farid Ameur : Le Ku Klux Klan a été fondé le 6 mai 1866 à Pulaski, dans le Tennessee. Ses six membres fondateurs sont d’anciens officiers de l’armée sudiste, des vétérans de la guerre de Sécession qui n’ont pas accepté la défaite et entretiennent le mythe de la « cause perdue ». Rongés par l’inactivité, ils ont créé les statuts d’une société secrète calquée sur le modèle des fraternités étudiantes. Car contrairement à une idée reçue, il ne s’agissait pas pour eux de terroriser la population noire, qui venait alors d’être affranchie. À l’origine, l’objectif du KKK était de divertir ses membres, de resserrer les liens de camaraderie qui les unissaient par un esprit de caste et un rituel secret. C’est pour entourer leur organisation d’un voile plus épais de mystère qu’ils se sont parés de titres fantaisistes et de robes blanches surmontées d’une cagoule. Mais très vite, dans le contexte extrêmement tendu de la Reconstruction, le Ku Klux Klan s’en est pris aux Noirs, contre lesquels les Sudistes tournent d’autant plus leur rage depuis la fin du conflit qu’ils subissent les affres d’une occupation militaire. Sous l’impulsion de Nathan Bedford Forrest, son premier Grand Sorcier, « l’Empire invisible » est devenu un organe de résistance politique, une manière de démontrer au gouvernement fédéral que les Blancs du Sud, après avoir dû se résigner à l’abolition de l’esclavage, n’entendaient pas faire place à un nouvel ordre social. En entretenant un climat d’agitation et de violence, le Klan a contribué ainsi à l’échec de la Reconstruction et au retour au pouvoir de suprématistes blancs dans les Etats du Sud. Isolés et humiliés, les anciens esclaves n’auront guère l’occasion de jouir de fait de leurs nouveaux droits. En 1896, d’ailleurs, la Cour suprême, par l’arrêt Plessy c/ Ferguson, reconnaîtra la légitimité des lois discriminatoires. La ségrégation raciale sera en quelque sorte la revanche posthume de la Confédération. Pluricitoyen : Le Klan a-t-il tenu un rôle à d’autres moments de l’histoire des Etats-Unis ? Farid Ameur : L’histoire de la société secrète est cyclique. Officiellement, le Klan avait été une première fois dissous en 1869 en prévision d’un arsenal de lois visant à le démanteler. Mais pour veiller à l’impuissance et à la subordination des Noirs, ses membres étaient néanmoins restés actifs, s’enfonçant dans une plus grande clandestinité jusqu’à la fin de la Reconstruction en 1877 et le retrait des dernières troupes fédérales. Le Ku Klux Klan renaît de ses cendres en 1915 près d’Atlanta, en Géorgie, sous la forme d’un ordre fraternel et patriotique capable d’exalter les valeurs fondamentales de l’américanisme et de se poser en gardien de la moralité. À la faveur d’une flambée du nationalisme, il devient une organisation de masse à partir de 1921. Deux ans plus tard, il compte trois millions de membres ! On raconte que le président Harding en personne aurait été admis dans ses rangs à l’issue d’une cérémonie secrète tenue à la Maison-Blanche. En 1924, le KKK est au sommet de sa puissance. Ses militants sont près de 40 000 à défiler dans les rues de Washington en aubes blanches et capuchons pointus. Son déclin est aussi spectaculaire que son ascension. Le Klan se décrédibilise auprès de l’opinion après une série de scandales, de procès et de dissensions internes. Ses violences répétées contre les Noirs, mais aussi contre les Juifs, les catholiques, les communistes et les homosexuels, finissent par indisposer les esprits. Son rapprochement avec des groupuscules fascistes et nazis n’arrange pas les choses. En 1944, alors que les Etats-Unis sont en guerre, l’organisation est mise en état de liquidation judiciaire à la suite d’une réclamation du fisc. Et pourtant, bien qu’il ne retrouvera jamais sa force d’antan, le KKK ressuscitera à nouveau pendant le mouvement pour les droits civiques. Dans plusieurs Etats du Sud, notamment la Géorgie, l’Alabama et le Mississippi, il prendra une orientation terroriste, se rendant coupable avec la complicité de certains élus et de forces de police de quantités d’atrocités que le film Mississippi Burning (1989) d’Alan Parker rend parfaitement. Lynchages, bastonnades, menaces et embrasements de croix ont été de mise. Selon des historiens américains, il pourrait même avoir commandité l’assassinat de Martin Luther King en avril 1968. Quoi qu’il en soit, le KKK n’a pas obtenu le succès qu’il comptait remporter. Le FBI a procédé à des dizaines de missions d’infiltration. Ses principaux dirigeants ont été emprisonnés. Plusieurs de ses actions ont été éventées. Sans doute ses querelles internes, ses luttes d’influence et ses malversations financières ont-elles miné le mouvement des suprématistes blancs. Surtout, après des années d’incertitude, la déségrégation est devenue un fait accompli.
Pluricitoyen : Le Klan existe-t-il toujours ? Farid Ameur : Le Ku Klux Klan n’a pas fini de hanter l’Amérique. Pur produit de l’histoire des États-Unis, il n’est pas seulement la plus célèbre société secrète du pays. L’Empire invisible reste aujourd’hui l’organisation d’extrême-droite la mieux implantée sur l’étendue du territoire. Allié depuis les années quatre-vingts aux groupuscules néo-nazis, aux gangs de skinheads, aux miliciens et aux survivalistes, il réaffirme chaque jour sa légitimité à la tête de la croisade raciste, xénophobe et antisémite menée au nom du White Power. D’après des statistiques récentes, le Klan compterait environ quatre à cinq mille adhérents répartis entre quarante-quatre groupes affiliés et pour la plupart basés dans les États du Vieux Sud et du Middle West. S’il ne se livre plus à une violence aveugle comme par le passé, il prend vigoureusement parti sur des débats de société tels que l’immigration, la délinquance, l’avortement, le chômage et le mariage homosexuel. Il recourt aux moyens de communication les plus modernes pour faire passer son message de haine. Enfin, les dirigeants du KKK ont décrété l’état d’urgence au lendemain de l’élection de Barack Obama. Ils prétendent haut et fort avoir recruté des centaines de jeunes adhérents par l’intermédiaire de leurs sites web et ont tôt fait de jeter l’anathème sur le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Des menaces de mort auraient déjà été brandies. Si l’on en juge les imposants services de sécurité qui accompagne à chaque pas le nouveau président, la menace semble bel et bien avoir été prise au sérieux.
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